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Yves BARRAL – C’est la vie qui invente la liberté

Je suis biologiste mais en même temps je me suis toujours intéressé à la philosophie. J’ai choisi la biologie car c’était la science qui s’approchait le plus de la philosophie, en ce sens où elle est la plus proche de la vie et des questions ambiguës. Le biologie est remplie de croisements et de différents terrains qui se fertilisent les uns les autres. 

 

Ce qui est remarquable chez l’être vivant c’est qu’il est libre. C’est la vie qui invente la liberté. Le vivant sait utiliser tout ce qui est à sa disposition pour en faire autre chose. 

 

Au laboratoire de l’Ecole Polytechnique de Zürick où je travaille, nous menons des recherches à partir du modèle de la levure de bière pour essayer de comprendre quels degrés de liberté peut avoir un organisme aussi simple, et à quel point il est capable d’utiliser son génome pour explorer le monde ainsi que son propre potentiel. 

 

Un jour, il m’est apparu qu’il y a peut-être un lien très étroit entre cette liberté et le fait de vieillir. Nous baignons dans un monde dont on prend tout, l’on perçoit tout, l’on s’imbibe de tout pour mieux le comprendre, mieux l’utiliser et s’y adapter. Ce monde nous remplissant, la mémoire s’accumulant, nous commençons à incorporer des choses irréversibles, qui nous marquent, qui font de nous ce que nous sommes – pétris de choix et de connaissances qui nous individualisent.

 

En fait, peut-être que c’est à force de s’individualiser que l’on vieilli. 

 

Notre recherche s’articule entre la capacité du vivant à être très inventif et cette observation qui est qu’en même temps nous vieillissons. Ce vieillissement est la contrepartie de notre capacité à nous individualiser, à être nous. Si l’on n’avait pas cette liberté d’apprendre, de se souvenir, de faire des choix, peut-être ne vieillirions-nous pas. 

 

Notre planète est une histoire et nous avons le sentiment d'être à un moment charnière de cette histoire. Nous commençons à découvrir ce qu’il se passe en dehors ; l’on exprime même le rêve de coloniser d’autres planètes. Dans le même temps, notre planète commence à être un peu petite pour certains, pour d’autres, nous sommes entrain de l’envahir et de lui faire subir des modifications fondamentales.

 

Ce problème de modifications fondamentales de la planète, la vie l’a déjà vécu plusieurs fois. Que s’est-il passé à ces autres moments où la vie a complètement changé la planète ? Comment la vie a-t-elle pu réinventer la Terre pour la rendre à nouveau viable et en faire ce qu’elle est aujourd’hui : un paradis ?

 

Nous n’avons pas conscience qu’à un moment, la vie a inventé l’ADN pour stocker les informations et que cette molécule, très stable, peut survivre très longtemps. Ce que l’on ne réalise pas c’est qu’en faisant cela, nous avons fait la même chose que lorsque nous avons inventé le sac en plastique.

 

Nous avons produit des structures qui ne périssent que très lentement. En d’autres termes, on a commencé à créer une pollution absolument énorme. Un litre d’eau de mer contient de l’ADN de milliards d’espèces de virus différents, de bactéries… Il a fallu, quand la vie à inventer l’ADN, qu’elle apprenne à se protéger de sa propre pollution.

 

On découvre que de nombreux mécanismes ont été développés par toutes les lignés du vivant pour individualiser l’ADN et le protéger de la pollution, de ce bruit apporté par l’ADN venu d’ailleurs.

 

Il faut penser l’époque que nous sommes entrain de traverser comme une époque novatrice où l’on est confronté à de nombreux défis qui joueront probablement un rôle important sur l’avenir de notre planète. 

 

 

Prof. Dr. YVES BARRAL – ETH Zürich – Institute of Biochemistry

 

 

 

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